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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

Ce dernier monarque s’était marié le 16 mai 1770 à la fille de Marie-Thérèse d’Autriche : on sait ce qu’elle est devenue. Passèrent les ministres Machault, le vieux Maurepas, Turgot l’économiste, Malesherbes aux vertus antiques et aux opinions nouvelles, Saint-Germain qui détruisit la maison du roi et donna une ordonnance funeste ; Calonne et Necker enfin.

Louis XVI rappela les parlements, abolit la corvée, abrogea la torture avant le prononcé du jugement, rendit les droits civils aux protestants, en reconnaissant leur mariage légal. La guerre d’Amérique, en 1779, impolitique pour la France toujours dupe de sa générosité, fut utile à l’espèce humaine ; elle rétablit dans le monde entier l’estime de nos armes et l’honneur de notre pavillon.

La révolution se leva, prête à mettre au jour la génération guerrière que huit siècles d’héroïsme avaient déposée dans ses flancs. Les mérites de Louis XVI ne rachetèrent pas les fautes que ses aïeux lui avaient laissées à expier ; mais c’est sur le mal que tombent les coups de la Providence, jamais sur l’homme : Dieu n’abrège les jours de la vertu sur la terre que pour les allonger dans le ciel. Sous l’astre de 1793, les sources du grand abîme furent rompues ; toutes nos gloires d’autrefois se réunirent ensuite et firent leur dernière explosion dans Bonaparte : il nous les renvoie dans son cercueil.

J’étais né pendant l’accomplissement de ces faits. Deux nouveaux empires, la Prusse et la Russie, m’ont à peine devancé d’un demi-siècle sur la terre ; la Corse est devenue française à l’instant où j’ai paru ; je suis