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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

retrouve au point de départ en présence des vérités de l’Écriture.

L’Europe avait eu en France, lors de notre monarchie de huit siècles, le centre de son intelligence, de sa perpétuité et de son repos ; privée de cette monarchie, l’Europe a sur-le-champ incliné à la démocratie. Le genre humain, pour son bien ou pour son mal, est hors de page ; les princes en ont eu la garde-noble ; les nations, arrivées à leur majorité, prétendent n’avoir plus besoin de tuteurs. Depuis David jusqu’à notre temps, les rois ont été appelés : la vocation des peuples commence[1]. Les courtes et petites exceptions des républiques grecques, carthaginoise, romaine avec des esclaves, n’empêchaient pas, dans l’antiquité, l’état monarchique d’être l’état normal sur le globe. La Société entière moderne, depuis que la bannière des rois français n’existe plus, quitte la monarchie. Dieu, pour hâter la dégradation du pouvoir royal, a livré les sceptres en divers pays à des rois invalides, à des petites filles au maillot ou dans les aubes de leurs noces : ce sont de pareils lions sans mâchoires, de pareilles lionnes sans ongles, de pareilles enfantelettes têtant ou fiançant, que doivent suivre des hommes faits dans cette ère d’incrédulité.

Les principes les plus hardis sont proclamés à la face des monarques qui se prétendent rassurés derrière la triple haie d’une garde suspecte. La démocratie les gagne[2] ; ils montent d’étage en étage, du

  1. « Depuis David jusqu’à notre temps, les rois ont été appelés ; les nations semblent l’être à leur tour. » Manuscrit de 1834.
  2. « Le déluge de la démocratie les gagne. » Manuscrit de 1834.