Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t6.djvu/475

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
459
MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

à la communauté devenue mendiante une part mesurée sur le mérite de chaque individu ? Qui jugera des mérites ? Qui aura la force et l’autorité de faire exécuter vos arrêts ? Qui tiendra et fera valoir cette banque d’immeubles vivants ?

Chercherez-vous l’association du travail ? Qu’apportera le faible, le malade, l’inintelligent dans la communauté restée grevée de leur inaptitude ?

Autre combinaison : on pourrait former, en remplaçant le salaire, des espèces de sociétés anonymes ou en commandite entre les fabricants et les ouvriers, entre l’intelligence et la matière, où les uns apporteraient leur capital et leur idée, les autres leur industrie et leur travail ; on partagerait en commun les bénéfices survenus. C’est très bien, la perfection complète admise chez les hommes : très bien, si vous ne rencontrez ni querelle, ni avarice, ni envie : mais qu’un seul associé réclame, tout croule ; les divisions et les procès commencent. Ce moyen, un peu plus possible en théorie, est tout aussi impossible en pratique.

Chercherez-vous, par une opinion mitigée, l’édification d’une cité où chaque homme possède un toit, du feu, des vêtements, une nourriture suffisante ? Quand vous serez parvenu à doter chaque citoyen, les qualités et les défauts dérangeront votre partage ou le rendront injuste : celui-ci a besoin d’une nourriture plus considérable que celui-là ; celui-là ne peut pas travailler autant que celui-ci ; les hommes économes et laborieux deviendront des riches, les dépensiers, les paresseux, les malades, retomberont dans la misère ; car vous ne pouvez donner à tous le même