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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

tement était placé un tableau de la mère de Dieu ; elle ne le contemplait qu’en tressaillant d’allégresse.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .

Il est pour le juste mourant certains moments d’abattement, tels que ceux où nous avons déjà vu la pieuse Julie, et que l’idée de la mort, prête à saisir sa victime, va renouveler en elle, pour lui donner quelques traits de ressemblance avec son Sauveur agonisant. Une religieuse, en qui madame de Farcy avait plus grande confiance, est chargée de lui annoncer qu’elle va bientôt quitter la terre : elle remplit par écrit cette mission douloureuse, et le lendemain matin vient demander à la mourante quelle impression sa lettre a faite sur elle. Hélas ! les saints se connaissent si peu, qu’après avoir tant désiré sa fin, l’humble servante du Seigneur, s’exagérant ses fautes, n’a plus en perspective qu’un jugement rigoureux ; elle ne dissimula point une sorte de consternation : « Je ne vous dirai pas, répond la mourante d’une voix paisible, mais altérée par la crainte, que votre nouvelle ne m’ait point fait de peine ; je ne suis pas du nombre de celles qui ont sujet de se réjouir en apprenant un tel événement. »  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .

Un jour qu’elle se trouvait avec d’intimes amies qui parlaient de morts causées par sensations vives : « Il me paraît difficile, leur dit-elle, de mourir de joie, mais je conçois qu’on puisse mourir de contrition. »  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .

Ainsi que son admirable modèle, l’humble servante de Jésus-Christ avait passé en faisant le bien ; elle touchait à sa dernière heure.