Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t6.djvu/98

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« — Eh bien, monsieur l’ambassadeur, dit le roi avec une emphase bienveillante, que madame la duchesse de Berry aille à Palerme ; qu’elle y vive maritalement avec M. Lucchesi, à la vue de tout le monde ; alors on dira aux enfants que leur mère est mariée ; elle viendra les embrasser. »

Je sentis que j’avais poussé assez loin l’affaire ; les principaux points étaient aux trois quarts obtenus, la conservation du titre et l’admission à Prague dans un temps plus ou moins éloigné : sûr d’achever mon ouvrage avec madame la dauphine, je changeai la conversation. Les esprits entêtés regimbent contre l’insistance ; auprès d’eux, on gâte tout en voulant tout emporter de haute lutte.

Je passai à l’éducation du prince dans l’intérêt de l’avenir : sur ce sujet, je fus peu compris. La religion a fait de Charles X un solitaire ; ses idées sont cloîtrées. Je glissai quelques mots sur la capacité de M. Barrande et l’incapacité de M. de Damas. Le roi me dit : « M. Barrande est un homme instruit, mais il a trop de besogne ; il avait été choisi pour enseigner les sciences exactes au duc de Bordeaux, et il enseigne tout, histoire, géographie, latin. J’avais appelé l’abbé Mac-Carthy[1], afin de partager les travaux de M. Barrande ; il arrivera bientôt. »

  1. Mac-Carthy (Nicolas de), né à Dublin le 19 mai 1769. Son père, bibliophile distingué, ne tarda pas à se fixer en France. Destiné à l’état ecclésiastique avant la Révolution, Nicolas de Mac-Carthy ne reçut la prêtrise qu’en 1814 et entra en 1818 dans la Compagnie de Jésus. Son talent lui acquit une prompte réputation, et dès 1819 il prêcha l’Avent aux Tuileries, avec un succès extraordinaire. Doué d’une éloquence chaleureuse et pénétrante, il brillait surtout par son improvisation. L’action du