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CHARLES GUÉRIN.

IX.

LA PETITE CROIX DE CORAIL.



CHARLES ne se trompait point, Clorinde l’aimait passionnément. Elle l’aimait déjà, avant de le connaître, elle l’aimait beaucoup plus depuis qu’elle se savait aimée de lui.

Si la coquetterie inhérente au rôle qu’elle jouait dans la société où elle se trouvait, avait légèrement terni l’éclat de cet amour, il venait d’emprunter une nouvelle ardeur à un sentiment bien différent qu’on avait fait naître chez elle.

Elle s’était amusée quelque temps de la tournure peu élégante, des manières gauches et prétentieuses, de la figure et de l’allure vulgaires de M. Henri Voisin, l’étemel compagnon de Charles. Mais elle le croyait sincèrement dévoué à celui-ci, et elle lui passait ce qu’il avait de désagréable, en faveur de ses bonnes intentions. Du reste, comme on l’a vu, l’avocat avait jusqu’alors plaidé sa cause auprès du père, et n’avait pas encore jugé à propos d’importuner la fille de ses galanteries, se réservant de tomber éperdument amoureux d’elle, au jour précis où il aurait réussi dans ses négociations.

Ce jour étant arrivé, Henri Voisin s’était mis à développer une foule de belles qualités, de talens agréables et de jolies manières, qu’il avait jusque-là tenu cachées, de même que la