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CHARLES GUÉRIN.

NOTES DE L’AUTEUR.

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A. — Page 65.

Il y a peu de peuples qui se soient accrus en nombre aussi rapidement que les Français du Canada.

Il est vrai que les statistiques de la population anglo-saxonne du Haut-Canada laissent bien loin derrière elles celles du Bas-Canada. La population Européenne du Haut-Canada, lors de la conquête, ne s’élevait pas à plus de 7 à 8,000 âmes. Voici l’échelle étonnante qu’elle a gravie depuis

1814 95,000
1824 151,097
1829 198,440
1832 261,060
1834 320,693
1836 372,502
1842 486,055
1848 723,292
1852 952,004

Ainsi de 1824 à 1834, dans une période de dix ans, elle avait doublé. De 1842 à 1852, dans une autre période de dix ans, elle a encore doublé !

Voici maintenant la marche qu’a suivie la population du Bas-Canada.

En 1755 la population réunie du Canada, du Cap Breton, et de la Louisiane s’élevait à peine a 80,000 âmes. C’est accorder beaucoup au Canada actuel que de fixer le chiffre qui pouvait se trouver dans ses limites à 60,000. À partir du premier recensement régulier sous le gouvernement anglais en 1825, on trouve,

1825 423,630
1827 471,876
1831 511,920
1844 690,782
1852 390,261

Si l’on considère que cet accroissement est presque entièrement dû à la multiplication par le seul effet des naissances des 60,000 français, on le trouvera certainement bien remarquable. Quelques centaines de familles presque toutes Normandes ou Bretonnes, ont originairement peuplé les vastes territoires qui composaient la Nouvelle-France. À la conquête, un grand nombre de ces familles se sont embarquées pour la France, et depuis ce temps il n’a pas été ajouté dix familles françaises à la colonie. Quelques individus isolés aussitôt repartis qu’arrivés, ont pour bien dire à peine visité la Nouvelle-France passée sous la domination de l’Angleterre. Malgré le nombre considérable de Français et de Belges, qui émigrent en Amérique, il n’y a actuellement en Canada que 1866 natifs de ces deux pays. Loin de gagner par l’immigration, la race française a au contraire constamment perdu par une émigration, qui s’est faite dès l’origine et n’a cessé de se faire, vers les États-Unis, les plaines de l’Ouest et jusqu’à la Louisiane et au Texas. « Il n’est peut-étre-pas un recoin si reculé de l’Amérique que l’on n’y trouve un Canadien, ou un de leurs descendans.»[1] Bien plus, une émigration plus formidable s’est faite depuis quelques années. Des ouvriers par bandes, des familles de cultivateurs par essaims,

  1. Moffras. Voyages sur les côtes du Pacifique — G. Ferry — Scènes de la vie Mexicaine — Revue des deux Mondes. Notices sur les missions du diocèse de Québec publiées à Québec tous les deux ans.