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CHARLES GUÉRIN.

VI.

LA CLIENTELLE.



HENRI VOISIN n’avait qu’une idée ; mais cette idée n’était pas mauvaise ; bien des gens trouveront même qu’elle était excellente ; Henri Voisin voulait se faire une clientelle. Le tableau décourageant qu’il avait si bien peint, ne le décourageait pas lui-même. Il voyait un bon nombre de gens, qui, avec des talens médiocres et des connaissances bornées, s’étaient fait, à force de labeurs, d’activité, et d’astuce, une très lucrative position ; il se promettait de marcher sur leurs traces, et autant que possible sur leurs talons.

Ainsi qu’on a pu le voir, il n’était pas comme ces candides jeunes gens qui croient qu’écrire bien diligemment dans l’étude de leur patron, pâlir sur les livres de loi, suivre avec attention les décisions des cours de justice, se présenter au bout du temps à l’examen, payer son diplôme, louer une étude, et s’annoncer dans les journaux, tout cela suffise pour faire fortune.

Il en avait trop connu qui, pour s’en être tenus à cette simple recette, avaient passé le reste de leurs jours dans l’aimable compagnie de leurs livres, acquérant beaucoup de connaissances et très peu d’argent. Il était convaincu au contraire que la clientelle dépend d’un concours de circonstances, souvent fortuites, mais que l’on peut faire naître soi-même, pour