Page:Chennevière - Poèmes, 1920.djvu/92

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Tu n’as rien oublié, pauvre homme.
Tu ne sens donc pas que je suis tout près de toi,
Bien plus près que mon corps assis ?
Et mon âme, que j’ai si souvent refusée.
Tu ne la sens donc pas de mes yeux dans les tiens ?

Tu n’as peut-être jamais eu
L’âme que tu as aujourd’hui.
Parce qu’il n’y avait personne
Pour l’accueillir, comme il convient.
Dans ce silence fraternel.
Plus grand que tous les mots humains,
Qui la confronte avec la mienne.
Tu n’as jamais eu autant d’âme.

C’est toi qui dois t’asseoir, car tu viens de si loin.
Tu m’arrives du fond de tes soixante années.
Tu m’arrives du fond du temps.
Ce n’est pas moi qui suis entré.
Moi, j’étais prêt à ta venue :
Tu ne prévoyais pas la mienne.

Ta naissance est au bout de ce chemin qui monte.
Du carrefour, je vois les arbres qui le bordent ;
Je ne veux pas me tourner vers où il descend,
Car je regarde le beau pays d’où il vient.
Mais je n’ai pas le temps d’y aller, et je passe…

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