Page:Chevalley - Le Roman anglais de notre temps.djvu/22

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une fièvre, une exubérance incroyables. L’abondance, la variété de cette production pourrait faire croire qu’alors commence le roman anglais. Il n’en est rien. Les œuvres de la fin du XVIme siècle procèdent manifestement de l’imitation étrangère, non d’une observation immédiate, nationale. La forme en est suprêmement artificielle. C’est le gongorisme espagnol, fait de similitudes et d’antithèses, de métaphores et d’allitérations, bref, le sublime du précieux. Sujets et personnages sortent de milieux exceptionnels (la cour ou les brigands) quand ils ne relèvent pas exclusivement de la fantaisie.

En 1579 et 1580 paraissait l’Euphues de Lyly[1], où triomphe et s’étale en langue anglaise l’amphigourisme à la mode espagnole. C’est un roman pédagogique où les dissertations sur l’amour alternent avec les discours sur l’éducation. Comme tant d’autres écrivains du seizième siècle (Rabelais et Montaigne en France, Roger Ascham en Angleterre), l’auteur a pour sujet et pour objet la formation de l’homme idéal.

Pendant les dix ans qui vont de 1585 à 1595, Greene et Lodge inondent l’Angleterre de productions du même genre et du même style. En 1590 l’Arcadia de Sir Philip Sidney, écrite dix ans plus tôt, est publiée. C’est une vaste chevalerie plutôt qu’une pastorale, qui contient la matière de tout un cycle. Les aventures de Musidorus, prince de Thessalie, et de Pyroclès, prince de Macédoine, recherchant l’amour de Pamela et de Philoctea, filles du roi Basilius d’Arcadie, se déroulent parmi les héros sans patrie et sans époque que, depuis deux générations, Jacopo Sannazaro avait fait connaître dans son Arcadia (1504). Il faudrait avoir fait une étude spéciale des romans du même genre publiés pendant les quarante à cinquante

  1. Euphues, the Anatomy of Wit (1579); Euphus and his England (1580).