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DANS L’INDE.

VII

Plus je regarde ce pays et ces hommes, plus je crois comprendre cette morale et cette religion. Le point de départ est dans l’homme, la fatigue, l’accablement, un immense besoin de repos et de quiétude, en face d’une nature disproportionnée, violente et fluide, où toutes les choses visibles, incessamment renouvelées, sont toujours en train de naître et de mourir. Ce que disent aujourd’hui nos grands penseurs européens, les sages bouddhistes l’enseignent depuis vingt-trois siècles. Rien n’est, disent-ils, tout devient : l’univers n’est qu’un flux d’apparitions éphémères ; rien de stable en lui, rien de permanent que le changement lui-même. La terre, le ciel, les vingt-huit enfers, les dénions eux-mêmes et les mondes inférieurs qu’ils habitent, tout est en voie d’écoulement, comme les eaux d’une rivière ; bien mieux, en voie d’arrivée et de fuite, comme les couleurs diverses d’une flamme qui jaillit, s’avive, décroît, s’éteint. Après celle-ci, une autre, puis une autre, et ainsi de suite, par une série de cycles, de périodes qui se répètent. La série est éternelle : elle n’a jamais commencé et ne finira jamais.

Qu’est-ce que l’homme dans cet univers ? Un être