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DANS L’INDE.

passion pour tout le douloureux tumulte humain.

Voilà quelques-uns des traits de cette religion bouddhiste dont je suivais les rites dans le temple obscur, à côté de l’étang noir. Inertie, apaisement, quiétude bienheureuse, assoupissement de la volonté, engourdissement du moi, douceur, on entrevoit ces qualités bouddhistes chez ces Cinghalais de l’intérieur, chez ce peuple gracieux, tout à l’heure silencieusement courbé devant l’image sacrée, ignorant de l’effort, de la révolte et du désespoir, et qui repose, souriant, parmi les fleurs. Que son calme et son alanguissement lui viennent de la doctrine ou que la doctrine ne fasse qu’énoncer certaines tendances établies chez lui parla nature environnante, il est vraiment bouddhiste. Il marche dans la première des voies sacrées qui conduisent au salut. Au-dessus de lui, ces prêtres qui recevaient les fleurs, impassibles derrière la grille d’argent, ces mendiants ascétiques aux lèvres serrées, au front intelligent, sont les sages qui cheminent dans la deuxième et la troisième voie, vainqueurs de la passion, de la haine, de l’illusion. Mais, disent les bouddhistes, nul n’est arrivé à la voie supérieure, nul n’est monté jusqu’aux hautes régions sereines, jusqu’au calme du Nirvana, sauf le .Maître dont la pâle et indécise figure flottait dans l’ombre au-dessus des piètres et de la foule, les yeux mi-clos parmi les nuages mouvants des parfums.