Page:Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses, 1869, Tome 1.djvu/181

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pouvez m’en croire, je ne vous en ai laissé voir que ce qu’il m’a été impossible d’en cacher. Vous me menacez enfin de ne plus me répondre. Ainsi l’homme qui vous préfère à tout & vous respecte encore plus qu’il ne vous aime, non contente de le traiter avec rigueur, vous voulez y joindre le mépris ! Et pourquoi ces menaces & ce courroux ? qu’en avez-vous besoin ? n’êtes-vous pas sûre d’être obéie, même dans vos ordres injustes ? m’est-il donc possible de contrarier aucun de vos désirs, & ne l’ai-je pas déjà prouvé ? Mais abuserez-vous de cet empire que vous avez sur moi ? Après m’avoir rendu malheureux, après être devenue injuste, vous sera-t-il donc bien facile de jouir de cette tranquillité que vous assurez vous être si nécessaire ? ne vous direz-vous jamais : Il m’a laissée maîtresse de son sort, & j’ai fait son malheur ; il m’a donné sa confiance & je l’ai trahie ; il implorait mes secours, & je l’ai regardé sans pitié ? Savez-vous jusqu’où peut aller mon désespoir ? non.

Pour calculer mes maux, il faudrait savoir à quel point je vous aime, & vous ne connaissez pas mon cœur.

A quoi me sacrifiez-vous ? à des craintes chimériques. Et qui vous les inspire ? un homme qui vous adore ; un homme sur qui vous ne cesserez jamais d’avoir un empire absolu. Que craignez-vous, que pouvez-vous craindre d’un sentiment que vous serez toujours maîtresse de diriger à votre gré ? Mais votre imagination se crée des monstres, & l’effroi qu’ils vous causent, vous l’attribuez à l’amour. Un peu de confiance, & ces fantômes disparaîtront.