Page:Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses, 1869, Tome 1.djvu/205

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tout de feu ; & sûrement à la première occasion vous n’aurez plus de reproches à lui faire. Si sa belle ingénue veut être docile, tout sera terminé peu de temps après son arrivée à la campagne ; j’ai cent moyens tous prêts. Grâce à vos soins, me voilà bien décidément l’ami de Danceny : il ne lui manque plus que d’être prince.

Il est encore bien jeune, ce Danceny ! croiriez-vous que je n’ai jamais pu obtenir de lui qu’il promit à la mère de renoncer à son amour ; comme s’il était bien gênant de promettre, quand on est décidé à ne pas tenir ! Ce serait tromper, me répétait-il sans cesse : ce scrupule n’est-il pas édifiant, surtout en voulant coucher avec la fille ? Voilà bien les hommes ! tous également scélérats dans leurs projets, ce qu’ils mettent de faiblesse dans l’exécution, ils l’appellent probité.

C’est votre affaire d’empêcher que Mme de Volanges ne s’effarouche de la petite fermentation de sentiment que notre jeune homme a mise dans sa lettre ; préservez-nous du couvent ; tâchez aussi de faire abandonner la demande des lettres de la petite. D’abord il ne les rendra point, il ne le veut pas, & je suis de son avis ; ici l’amour & la raison sont d’accord. Je les ai lues ces lettres, j’en ai dévoré l’ennui. Elles peuvent devenir utiles. Je m’explique.

Malgré toute la prudence que nous mettrons, il peut arriver un éclat ; il ferait manquer le mariage, n’est-il