Page:Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses, 1869, Tome 1.djvu/68

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


dit : Ah ! Mademoiselle ! … Il ne me dit que ces deux mots-là ; mais c’était d’un ton que j’en fus toute bouleversée. Je préludais sur ma harpe, sans savoir ce que je faisais. Maman demanda si nous ne chanterions pas. Lui s’excusa, en disant qu’il était un peu malade ; & moi, qui n’avais pas d’excuse, il me fallut chanter. J’aurais voulu n’avoir jamais eu de voix. Je choisis exprès un air que je ne savais pas ; car j’étais bien sûre que je ne pourrais en chanter aucun, & on se serait aperçu de quelque chose. Heureusement il vint une visite ; &, dès que j’entendis entrer un carrosse, je cessai & le priai de rapporter ma harpe. J’avais bien peur qu’il ne s’en allât en même temps ; mais il revint.

Pendant que Maman & cette dame qui était venue causaient ensemble, je voulus le regarder encore un petit moment. Je rencontrai ses yeux, & il me fut impossible de détourner les miens. Un moment après je vis ses larmes couler, & il fut obligé de se retourner pour n’être pas vu. Pour le coup je ne pus plus y tenir ; je sentis que j’allais pleurer aussi. Je sortis, & tout de suite j’écrivis avec mon crayon, sur un chiffon de papier : « Ne soyez donc pas si triste, je vous en prie ; je promets de vous répondre. » Sûrement tu ne peux pas dire qu’il y ait du mal à cela ; & puis c’était plus fort que moi. Je mis mon papier aux cordes de ma harpe, comme sa lettre était, & je revins dans le salon. Je me sentais plus tranquille. Il me tardait bien que cette dame s’en fût. Heureusement elle