À tout propos je voyais aussi Jacques errer à l’aventure, par simple tourment inavoué d’espionner Blanche. Il se présentait pour un rien chez moi ; il avait toujours des névralgies, des maux de tête à accuser, mille avis à me demander. Je faisais alors mine de m’intéresser à ses douleurs tout en évitant de surprendre son regard tout de suite envolé distraitement vers les fenêtres de Blanche.
Je sentais qu’il souffrait tellement le pauvre garçon que ses visites répétées ne m’ennuyaient pas trop ; puis j’étais jeune moi-même alors ; tout ceci m’amusait. Une bonne fois, avec la détermination de le sonder jusqu’à l’âme et de le consoler ensuite, je me mis à l’interroger franchement sur le compte de Blanche.

Mais lui, avec une figure d’insouciance d’abord parfaitement jouée, commença tout simplement, regardant en l’air : Oh ! oui, il l’avait beaucoup aimée, il ne s’en cachait pas, mais maintenant… Elle n’avait pas de cœur, d’ailleurs, pas d’âme, sans cela elle n’agirait pas comme elle le faisait… Ah ! il connaissait bien ses talents d’enjôleuse, sa manière adroite d’engluer les amoureux, de les faire se traîner à ses pieds…