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LES ORIGINES DE DOURDAN.

Beauce et de l’Île-de-France s’appela forêt d’Yveline ou des Yvelines, nom dérivé, dit-on, de l’humidité de son sol[1], et devenu par sa transcription latine l’Aquilina ou l’Æqualina sylva des anciennes chartes[2].

Le voisinage des eaux, le cours des rivières ont toujours attiré les hommes et fixé le choix de leur séjour. L’emplacement qu’occupe Dourdan dut tenter, à ce titre, les nomades et primitifs habitants de la forêt. L’Orge, se répandant au milieu du vallon élargi, y formait à la surface du sol, grâce à l’imperméabilité de couches argileuses, plusieurs grands étangs communiquant au terrain, dans cet endroit, une fertilité et une fraîcheur toutes particulières.

La clairière s’agrandit, et les parties défrichées ou desséchées furent peu à peu acquises à la culture. Si l’on nous demande les pièces justificatives de cet âge préhistorique de Dourdan, nous dirons que nous n’en connaissons pas d’autres que la rencontre dans le sol de quelques instruments de pierre et silex taillés, dits haches celtiques. Plusieurs de ces instruments se trouvent dans la forêt, aux abords de Dourdan ; l’un d’eux, qui nous a été remis l’an dernier, a été découvert à la porte de la ville, enfoncé de plusieurs pieds dans le sol de la prairie, précisément à l’endroit du grand étang ou étang du Roi[3].

La meilleure preuve de l’existence de Dourdan pendant cette antique période serait le nom même de Dourdan. Dans la première syllabe de ce nom, évidemment fort ancien, on a voulu retrouver la racine dour, dor, dur, dru, qui signifierait « eau, rivière », et s’observe dans tant de noms géographiques : Durocasses, Dordogne, Dordrecht, Durance, etc.[4].

Si ce qu’on appelle l’âge de pierre a laissé à Dourdan quelques vestiges, l’âge de bronze, plus voisin ou au moins mieux connu de nous,

  1. Ève ou ive, c’est-à-dire eau, à cause des sources nombreuses qu’on y rencontrait. Houzé, Signification des noms de lieux, etc.
  2. Le nom de forêt d’Yveline désigne plus particulièrement aujourd’hui la partie de forêt comprise entre Rambouillet et Sonchamp.
  3. D’autres sont en la possession de M. Aug. Moutié, président de la Soc. archéol. de Rambouillet. La commission de topographie des Gaules a signalé ces découvertes sur la belle carte qu’elle prépare.
  4. D’autre part, le célèbre érudit de Genève, M. Pictet, consulté par nous, veut bien nous envoyer la note suivante :

    « Comme nom de lieu, Dourdan n’est pas isolé : car on trouve un village Dourdain dans Ille-et-Vilaine, et un Dordagno en Espagne, entre la Coronne et Santiago ; mais rien de semblable en gaulois, ni chez les Celtes insulaires. Comme nom de rivière, par contre, nous avons le Dourdon, affluent du Tarn, et le Durdan (Seine-Inférieure), affluent à la Manche, et de plus un lac Dordon dans les Hautes-Pyrénées, et ces noms s’expliquent bien par l’irlandais dord, dordán, durdan, murmure, bourdonnement, du verbe dord, bourdonner ; en gallois durdd, bruit sourd, murmure, évidemment une onomatopée. Cela ne convient guère pour un nom de lieu, à moins qu’il ne se rattache à celui d’un cours d’eau. Se pourrait-il que l’Orge (Urbia, Hordea, Orgia), eût été appelée aussi Durdanus ou Durdana ? ou qu’elle ait brui notablement en passant à Dourdan ? » — Peut-être, en se déversant dans le grand étang.