Page:Cicéron - Œuvres complètes, Lefèvre, 1821, tome 28.djvu/107

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semble, je ne sais comment, avoir plus de gravité. Moi-même, lorsque je lis mon Traité de la Vieillesse, je me fais quelquefois illusion jusqu’à croire que c’est Caton qui parle, et non pas moi. Dans ce livre, un vieillard écrivait sur la vieillesse à un autre vieillard ; dans celui-ci, c’est le plus tendre ami qui écrit sur l’amitié à son ami : là, c’est Caton qui parle, l’homme le plus sage et presque le plus vieux de son temps ; ici, c’est Lélius, également célèbre par sa sagesse et par la gloire de l’amitié, qui raisonne sur l’amitié. Ne pensez plus à moi maintenant pour n’entendre que Lélius.

C. Fannius et Q. Mucius Scévola se rendent chez leur beau-père après la mort de l’Africain ; ils ouvrent le discours ; Lélius continue : leur discussion roule tout entière sur l’amitié. En la lisant, vous allez vous y reconnaître vous-même.

II. — Fannius. Oui, sans doute, Lélius : jamais homme ne fut plus grand ni plus vertueux que l’Africain. Mais à présent, n’en doutez pas, tous les regards se portent sur vous ; c’est à vous seul qu’on croit devoir donner le nom de sage. De nos jours, Caton a obtenu ce titre. Nous apprenons que nos pères le donnèrent aussi à L. Attilius ; mais l’un et l’autre le mérita pour une raison différente : Attilius le dut à sa profonde connaissance du droit civil ; Caton, à sa grande expérience, à sa prévoyance admirable, à la fermeté, à l’éloquence qu’il avait souvent fait briller au forum comme dans le sénat : de là vint, dans sa vieillesse, le surnom de sage qu’on s’accoutumait à lui donner. Pour vous, un autre motif encore vous l’a fait obtenir : ce n’est pas seulement à votre caractère et à vos qualités naturelles, c’est aussi à vos études et à vos principes que vous le devez ; et si