Page:Cicéron - Œuvres complètes, Lefèvre, 1821, tome 28.djvu/113

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les surpassa ensuite, dans sa jeunesse, par la plus éclatante vertu. Il ne demanda jamais le consulat, et il fut deux fois consul ; d’abord, avant l’âge prescrit(2), puis en son temps et presque trop tard pour la république. Il vainquit et renversa les deux villes qui étaient les plus dangereuses ennemies de cet empire, et nous délivra par là des guerres présentes et futures. Que dirai-je de ses mœurs si faciles, de sa piété filiale envers sa mère, de sa libéralité à l’égard de ses sœurs, de sa bonté pour les siens, de sa justice envers tous ? Ce sont des choses qui vous sont connues ; et le deuil de ses funérailles a prouvé combien il était cher aux Romains. Eh ! quel plaisir aurait-il eu de vivre quelques années de plus ? Quoique la vieillesse ne soit pas à charge, comme je me souviens que Caton, un an avant sa mort, nous le prouva à Scipion et à moi ; cependant elle éteint cette vigueur dont Scipion jouissait encore. Non, rien n’a manqué ni à sa vie, ni à sa fortune, ni à sa gloire. La promptitude de sa mort(3) lui en a ôté le sentiment. On ne sait que dire de ce genre de mort ; vous savez ce que le public en soupçonne. Ce qu’il est permis de dire avec vérité, c’est qu’entre les jours les plus beaux et les plus heureux pour Scipion, le plus glorieux, sans doute, a été la veille de sa mort, lorsque les pères conscrits, le peuple romain, les alliés et les peuples du Latium le reconduisirent en triomphe du sénat à sa maison : il semble qu’après ce jour il n’a pu descendre dans les demeures souterraines, et que ce haut degré de gloire était déjà un pas vers les cieux.

IV. En effet, je ne partage nullement l’opinion de ceux qui se sont mis tout récemment à soutenir que l’âme périt avec le corps, et que la mort détruit tout l’homme. J’en crois de préférence le témoignage des