Page:Cicéron - Œuvres complètes, Lefèvre, 1821, tome 28.djvu/115

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anciens et celui de nos pères qui ont rendu aux morts des honneurs religieux ; ce qu’ils n’eussent point fait assurément, s’ils n’avaient été persuadés de l’immortalité de l’âme ; j’en crois ces philosophes qui vécurent autrefois en Italie, et qui éclairèrent la Grande-Grèce(4), aujourd’hui déchue, alors si florissante, de leurs préceptes et de leur doctrine ; j’en crois l’autorité de celui que l’oracle d’Apollon déclara le plus sage des hommes : on ne voyait point Socrate hésiter et varier sur ce point comme sur la plupart des autres ; mais il soutenait constamment que nos âmes sont des substances divines ; qu’en sortant des corps, elles prennent leur essor vers le ciel, et que cet essor est d’autant plus rapide, qu’elles ont été plus justes et plus pures. Scipion pensait de même : peu de jours avant sa mort, comme s’il en avait eu le pressentiment, en présence de Philus[1], de Manilius[2], et de plusieurs autres (vous y étiez aussi venu avec moi, Scévola), il discourut pendant trois jours sur la république ; et il finit par les preuves de l’immortalité de l’âme, telles, disait-il, que le premier Africain les lui avait exposées dans un songe où il lui apparut(5). Or, s’il est vrai que l’âme de l’homme de bien s’échappe plus facilement de la prison et des liens du corps, quelle âme a pris vers les cieux un vol plus rapide que celle de Scipion ? Je craindrais donc, en m’attristant d’un tel événement, de montrer plus d’envie que d’amitié. S’il était vrai, au contraire, que l’âme périt avec le corps, et que tout sentiment s’éteignît pour jamais, la mort ne serait pas plus un mal qu’un bien, et ce serait absolument comme si l’on n’avait point vécu : la vie de Scipion n’en sera pas moins pour nous et pour Rome, tant qu’elle

  1. P. Furius Philus, consul en 617, avec S. Attilius Serranus.
  2. M’. Manilius, consul en 604, avec L. Marcius Censorinus.