Page:Cicéron - Œuvres complètes, Lefèvre, 1821, tome 28.djvu/117

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existera, un sujet d’allégresse. Il n’a donc point, je le répète, à se plaindre de sa destinée ; et sa mort n’a été un mal que pour moi, qui aurais dû le premier sortir de la vie, comme j’y étais entré le premier. Toutefois je jouis tant par le souvenir de notre ancienne amitié, que ma vie me semble fortunée, puisque je l’ai passée avec lui : tout a été commun entre nous, les soins domestiques et les affaires publiques ; même maison à Rome, même camp à la guerre ; et ce qui fait surtout la force de l’amitié, nous n’eûmes jamais qu’une même volonté, que les mêmes affections, les mêmes sentiments. Aussi, je vous l’avouerai, je suis beaucoup moins flatté de cette réputation de sagesse dont vient de me parler Fannius, surtout ne la méritant pas, que de l’espoir que notre amitié vivra à jamais dans la mémoire des hommes. Cette pensée est d’autant plus chère à mon cœur, que toute la suite des siècles passés nous offre à peine trois ou quatre exemples d’une véritable amitié. J’espère que, sous ce rapport, l’amitié de Scipion et de Lélius ne sera pas ignorée de la postérité.

Fannius. Ce que vous espérez, Lélius, ne peut manquer d’arriver. Mais puisque vous en êtes sur l’amitié, et que nous en avons le loisir, vous me ferez un extrême plaisir, ainsi qu’à Scévola, je pense, de nous communiquer vos idées et vos principes sur l’amitié, comme vous le faites sur toute autre chose, quand nous vous en prions.

Scévola. Oui, sans doute, ce sera un extrême plaisir pour moi, et j’allais vous en prier, lorsque Fannius m’a prévenu. Vous ferez donc en cela une chose qui nous sera fort agréable à tous les deux.

V. — Lélius. Je le ferais sans peine si je m’en sentais les moyens ; car le sujet est beau, et nous en avons le Loisir, comme dit Fannius. Mais qui suis-je, moi, et