Page:Cicéron - Œuvres complètes, Lefèvre, 1821, tome 28.djvu/121

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je viens de nommer, honorons-les d’un titre que la voix publique leur donne, et appelons-les honnêtes gens, parce qu’ils suivent, autant que le peuvent les hommes, la meilleure règle pour bien vivre, la nature. Il me semble, en effet, que les hommes sont nés pour vivre en société, et qu’ils doivent être d’autant plus unis, que la nature les rapproche davantage ; que, par conséquent, nous devons plus tenir à nos concitoyens qu’aux étrangers, à nos parents qu’à ceux qui ne le sont pas. L’union entre les parents est donc formée par la nature même(6) ; mais ce n’est pas la plus solide. L’amitié l’emporte sur la parenté, en ce que la bienveillance est essentielle à l’une, et qu’elle n’est pas inséparable de l’autre. Ôtez la bienveillance, la parenté reste, mais l’amitié disparaît. Or, ce qui peut donner surtout une idée de la force de l’amitié, c’est que, dans cette immense société du genre humain, formée par la nature, l’amitié restreint et resserre de telle sorte le cercle de nos sentiments, et cette affection qui nous fut donnée pour l’universalité des hommes, qu’elle la concentre dans deux amis, ou dans un très petit nombre d’amis.

VI. L’amitié n’est autre chose que le parfait accord de deux âmes sur les choses divines et humaines, avec une bienveillance et une affection mutuelles[1]. Je la regarde, après la sagesse, comme le plus beau présent que l’homme ait reçu des dieux. Les uns préfèrent les richesses, les autres la bonne santé, ceux-ci le pouvoir, ceux-là les honneurs, et plusieurs les plaisirs. Ce dernier goût est digne de la bête, et les autres choses sont incertaines, périssables, et dépendent moins de nous que du caprice de la fortune. Ceux-là sont les plus sages,

  1. « L’amitié est une parfaite union des cœurs, formée par le mérite et par la vertu, et confirmée par la ressemblance des mœurs. » Sacy.