Page:Cicéron - Œuvres complètes, Lefèvre, 1821, tome 28.djvu/125

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sirs et ses avantages, mais de l’amitié vraie et parfaite comme celle d’un petit nombre d’amis illustres. C’est alors surtout que l’amitié ajoute à l’éclat de la prospérité, et diminue, en les partageant, les maux de l’adversité.

VII. Parmi les grands et nombreux avantages que procure l’amitié, le plus précieux sans doute est de faire luire à nos yeux, dans l’avenir, la douce espérance, et de ne pas souffrir que notre courage succombe sous le poids des revers. Avoir un ami, c’est avoir un autre soi-même. L’amitié rapproche les absents, enrichit l’indigence, donne des forces à la faiblesse, et, pour dire quelque chose de plus, elle fait revivre les morts dans le respect, le souvenir et les regrets de leurs amis. Il semble que ce soit une douceur pour celui qui n’est plus ; c’est du moins une gloire pour celui qui survit. Ôtez de la nature ce doux commerce d’affections, plus de famille, plus de cité : les champs même vont rester sans culture. Ce qui fait mieux sentir encore la puissance de l’amitié et de la concorde, c’est l’effet des dissensions domestiques ou civiles. Quelle est la maison si solide, quel est l’état si bien constitué, que les haines et les querelles intestines ne puissent renverser ? On peut juger par là quels sont les heureux fruits de l’amitié. On dit qu’un savant[1] d’Agrigente, dans un poëme grec rempli d’enthousiasme, nous a fait voir tout ce qui existe dans la nature et dans l’univers entier, ou en repos, ou en mouvement, réuni par la sympathie et séparé par l’antipathie(9) ; et c’est une vérité reconnue par tous les hommes, et confirmée par l’expérience. Si quelqu’un, en effet, brave les plus grands périls pour son ami, ou veut les partager avec lui, est-il

  1. Empédocle