Page:Cicéron - Œuvres complètes, Lefèvre, 1821, tome 28.djvu/139

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de ce qu’il voulait. — Vous auriez donc mis le feu au Capitole, s’il l’avait voulu ? — Jamais, dit-il, il n’aurait eu cette pensée. — Mais enfin, s’il l’avait voulu ? — Je lui aurais obéi… Avez-vous entendu ce mot horrible ? Et en effet, il agit en conséquence, et alla même encore plus loin ; car il ne seconda pas seulement l’audace de Tib. Gracchus, il donna lui-même l’exemple de la témérité, et dans ces troubles il figura plutôt comme chef que comme complice. Au milieu de ces idées extravagantes, effrayé des nouvelles informations dirigées contre les factieux, il s’embarqua pour l’Asie, se réfugia chez les ennemis de Rome, et trouva enfin la juste peine de son crime envers la république L’amitié ne peut excuser en aucune manière le mal qu’on fait pour elle, parce que la vertu étant le fondement de l’amitié, si l’on renonce à l’une, l’autre ne saurait plus subsister. Établir en principe que nous devons accorder à nos amis tout ce qu’ils veulent, et obtenir d’eux tout ce que nous voulons, ne pourrait avoir sans doute de suites fâcheuses, si la vertu réglait tous nos désirs[1] ; mais nous parlons des amis qui sont devant nos yeux, que nous voyons, ou dont nous connaissons l’histoire, et que l’on trouve dans le commerce ordinaire de la vie. Prenons là nos exemples, et imitons surtout ceux qui approchent le plus de la sagesse. Nos pères nous ont appris l’amitié qui exista entre Émilius Papus et C. Luscinus ; ils furent deux fois collègues dans le consulat, et une fois dans la censure[2]. Nous savons aussi qu’ils étaient étroitement liés avec M’. Curius et Tib. Coruncanius, unis de leur côté par la plus intime amitié. Eh bien !

  1. J’admettrais volontiers cette conjecture, approuvée de plusieurs savants : « Perfecta quidem sapientia si simus, nihil habeat res vitii. »
  2. Dans le consulat, en 471 et 475 ; dans la censure, en 478.