Page:Cicéron - Œuvres complètes, Lefèvre, 1821, tome 28.djvu/141

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pouvons-nous soupçonner qu’un seul de ces grands personnages ait exigé de son ami quelque chose de contraire à sa conscience, à ses serments, à la république ? Dire que de pareils hommes l’auraient refusé, me paraît chose superflue, puisqu’ils étaient tous incorruptibles, et qu’il est également criminel de faire ou d’exiger rien de tel. Des citoyens moins sages, C. Carbon et C. Caton[1] s’obstinèrent à suivre Tib. Gracchus. Pour Caïus, son frère, qui est aujourd’hui si ardent, on ne parlait pas encore de lui.

XII. Nous établirons donc, pour première loi de l’amitié, de ne demander et de n’accorder à son ami rien qui soit contraire à l’honneur. Dans toute sorte de fautes, et surtout dans celles contre l’état, c’est une mauvaise excuse, qui n’est nullement recevable, de dire qu’on a voulu servir son ami. Nous en sommes venus à ce point, Fannius et Scévola, que nous devons prévoir de loin les dangers qui menacent la république. On a déjà commencé à s’écarter de la discipline et des coutumes de nos ancêtres. Tib. Gracchus a voulu usurper l’empire, il a régné même pendant quelques mois. Le peuple romain avait-il jamais rien vu, rien entendu dire de semblable ? Je ne puis me rappeler sans verser des larmes, tout ce que depuis sa mort ses parents et ses amis, marchant sur ses traces, ont fait souffrir à P. Scipion. Nous avons supporté C. Carbon comme nous l’avons pu, à cause de la punition récente de Tib. Gracchus. Je crains de me livrer à mes pressentiments sur le tribunat de Caïus Gracchus. Le mal gagne de proche en proche ; et quand une fois la corruption s’est fait sentir, ses progrès sont rapides. Vous voyez combien ont été déjà funestes, d’abord la loi de

  1. Petit-fils de Caton le censeur.