Page:Cicéron - Œuvres complètes, Lefèvre, 1821, tome 28.djvu/145

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qu’il faut ne demander à nos amis et ne faire pour eux que ce qui est honnête ; mais qu’il faut alors nous conduire avec zèle, sans hésiter, sans attendre qu’ils nous en prient. Empressons-nous aussi de leur donner librement nos conseils. Un ami qui conseille le bien doit avoir sur son ami une grande autorité : qu’il s’en serve pour l’avertir, non seulement avec franchise, mais même avec force si le cas l’exige. Pour nous, obéissons toujours à des conseils salutaires.

Des hommes, à qui j’apprends que la Grèce donne le nom de sages, ont professé, dit-on(13), des opinions bien étranges. Qu’y a-t-il au reste qui n’ait été l’objet de leurs arguties ? Les uns prétendent, par exemple, qu’on doit éviter les amitiés trop vives, de peur qu’un seul ne soit chargé des sollicitudes de plusieurs ; que chacun a assez et trop peut-être de ses affaires ; qu’il est fâcheux de se trouver trop embarrassé dans celles d’autrui, et qu’il est à propos que les nœuds de l’amitié soient lâches, afin de pouvoir les serrer ou les relâcher davantage à son gré. Le grand point, disent-ils, pour vivre heureux, c’est d’être tranquille ; et comment un homme pourra-t-il l’être, s’il porte seul le fardeau de plusieurs ? D’autres (et leur opinion, que j’ai déjà réfutée en peu de mots, est encore plus déshonorante pour l’humanité) soutiennent qu’on doit chercher dans l’amitié un support, des ressources, et non l’affection, les plaisirs du cœur ; qu’ainsi, moins on se sent de courage et de forces, plus on doit tâcher d’avoir des amis ; et que par cette raison, les secours de l’amitié sont plus désirés par les femmes que par les hommes, par les petits que par les grands, par les pauvres que par les riches. Voilà une belle sagesse ! C’est ôter au monde le soleil, que d’ôter de la vie l’amitié, le plus doux,