Page:Cicéron - Œuvres complètes, Lefèvre, 1821, tome 28.djvu/159

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Scipion pensait que si nous avions fait un choix malheureux, la sagesse consistait plutôt à supporter un ami tel qu’il était, qu’à penser qu’il pourrait devenir notre ennemi.

XVII. Voici donc dans quelles bornes je renfermerais l’amitié. Entre deux amis, lorsqu’ils sont honnêtes, tout doit être commun sans exception[1] ; ils ne doivent avoir qu’une même intention, qu’une même volonté ; et si même, par hasard, l’un a besoin du secours de l’autre dans quelque affaire équivoque d’où dépende sa vie ou son honneur, on peut se relâcher un moment de ses principes(16), à moins que ce ne fût absolument se diffamer soi-même. L’amitié excuse jusqu’à un certain point. Il faut craindre toutefois d’exposer sa réputation ; la bienveillance publique est d’un grand secours dans la gestion des affaires. Mais elle ne doit pas être le prix d’une basse adulation : c’est la vertu qui doit être notre appui ; la bienveillance la suit toujours.

Pour revenir à Scipion, dont je vous répète tous les discours sur l’amitié, il se plaignait souvent de l’inconséquence des hommes, moins soigneux pour l’amitié que pour les autres affaires de la vie. Chacun, ajoutait-il(17), pourrait vous dire le nombre de ses brebis et de ses chèvres, mais non celui de ses amis ; chacun apporte le plus grand soin dans l’achat de ses troupeaux, et la plus grande négligence dans le choix de ses amis ; on ne s’applique nullement à reconnaître, à de certains signes, quels sont ceux qui sont capables d’une amitié sincère. Notre choix doit tomber sur les

  1. Diogène disait : « Quand j’emprunte de mon ami, c’est mon argent que je lui demande. »