Page:Cicéron - Œuvres complètes, Lefèvre, 1821, tome 28.djvu/169

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des petits ; il faut qu’ils les élèvent, pour ainsi dire, jusqu’à eux ; car il y en a qui détruisent le charme de l’amitié par l’idée qu’ils sont méprisés. Cette idée ne s’offre guère qu’à ceux qui n’ont pas une assez bonne opinion d’eux-mêmes : on doit chercher à les en guérir encore plus par des actions que par des paroles. Il faut être utile à vos amis, d’abord selon l’étendue de votre pouvoir ; ensuite, selon les talents et les conditions de ceux que vous aimez et que vous voulez servir. Quelque crédit que vous ayez, vous ne pourrez pas élever tous les vôtres aux premiers honneurs. Scipion put bien faire consul P. Rupilius[1], mais non pas son frère Lucius. Quand vous pourriez tout pour votre ami, encore faudrait-il consulter ses forces.

L’amitié ne peut être solide que lorsque l’âge et le caractère sont formés. Ceux qu’on chérit dans la jeunesse, parce qu’ils ont, comme nous, le goût de la chasse ou de la paume, ne sont pas toujours nos amis ; car alors nos nourrices et ceux qui ont dirigé notre enfance, par droit d’ancienneté, auraient le plus de part à l’attachement de notre cœur : nous ne devons pas, certes, les négliger ; mais l’affection qu’on leur doit est d’une autre nature. Sans cette attention, il n’y aurait guère de stabilité dans l’amitié. La différence des habitudes produit celle des goûts, et c’est là ce qui rompt les amitiés. La seule cause qui empêche les bons et les méchants de se lier jamais ensemble, c’est la différence de leurs mœurs et de leurs inclinations ; et cette différence est aussi grande qu’elle puisse être. Nous devons encore établir comme un principe en amitié, de ne point nuire à nos amis par un excès d’affection, ainsi qu’il arrive souvent. Pour en revenir à la fable,

  1. La plupart lisent à tort Rutilium.