Page:Cicéron - Œuvres complètes, Lefèvre, 1821, tome 28.djvu/171

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Néoptolème(20) ne fût jamais venu à bout de prendre Troie, s’il eût cédé aux larmes de Lycomède, auprès de qui il avait été élevé, et qui s’opposait à son départ. De grands intérêts exigent souvent la séparation de deux amis. Celui qui s’y oppose pour s’épargner les regrets de l’absence, laisse voir sa pusillanimité, sa faiblesse, et se montre par là peu juste en amitié. En toutes choses, il faut considérer, et ce que vous demandez à votre ami, et ce que vous pouvez lui accorder.

XXI. C’est quelquefois comme un malheur nécessaire de renoncer à certains amis ; car je passe maintenant de l’amitié des sages aux liaisons vulgaires. Les vices des hommes dont je parle viennent souvent à éclater ; et que ce soit au préjudice de leurs amis, ou aux dépens des autres, l’infamie en rejaillit toujours sur ceux qui avaient quelques rapports avec eux. Alors, en cessant peu à peu de se voir, l’amitié s’efface et s’oublie ; il faut, comme je l’ai entendu dire à Caton, plutôt découdre que déchirer, à moins qu’il ne s’agisse d’une action dont la noirceur nous porte à une séparation et à un éclat, qu’il ne serait ni juste, ni honnête, ni possible de différer. Si les mœurs et les inclinations viennent à changer, comme il arrive souvent, ou bien si les divers partis qui existent dans la république nous divisent (je n’entends parler, je le répète, que de l’amitié vulgaire, et non de celle des sages), il faut alors bien prendre garde que l’inimitié ne succède à l’amitié ; car il n’y a rien de plus honteux que d’être en guerre avec celui qui a vécu dans notre intimité. Scipion, vous le savez, rompit, à ma considération, avec Q. Pompée ; d’un autre côté, les différends qui partageaient alors la république le brouillèrent avec Métellus, son collègue