Page:Cicéron - Œuvres complètes, Lefèvre, 1821, tome 28.djvu/96

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
94
NOTES

interprètes de la Cyropédie prétendent que Cicéron a mal entendu ce passage, et que son interprétation est également contraire au texte de Xénophon, et aux principes religieux qu’il prête partout à Cyrus. Mais deum, dans la phrase de Cicéron, a le sens de dæmona, δαίμονα ; c’est le τὴν ψυχὴν de Xénophon ; c’est l’âme après la mort. L’expression a d’autant plus de justesse, que c’est ici le discours d’un père à ses enfants. On ne doit pas ignorer que dans la doctrine et le langage des disciples de Socrate, un père est le, dieu de la famille ; Platon emploie sans cesse les mots ξυγγενεῖς καὶ ὁμόγνιοι θεοί, et on n’y a jamais vu d’impiété. Sur ce passage du cinquième Livre des Lois, ξυγγένειαν δὲ καὶ ὁμογνίων θεῶν et sur beaucoup d’autres semblables, le Lexique de Timée donne cette glose, Ὁμόγνιοι θεοὶ, ὅσοι ξυγγενεῖς κοινῶς ὀργιάζουσιν. Ailleurs, Livre IX des Lois, Platon compare les pères et mères à des dieux visibles. Ces expressions sont familières à tous ceux qui connaissent son système religieux. Dans un sens plus étendu θεὸς et deus signifient chez quelques platoniciens, l’âme, qu’ils regardaient comme une émanation, comme une partie de Dieu même. Le Songe de Scipion est écrit d’après cette croyance, et l’on y voit, surtout au chap. 3, les mêmes pensées que dans le dernier chapitre de la Vieillesse : « Quæsivi tamen, viveretne ipse, et Paullus pater… Imo vero, inquit, ii vivunt, qui ex corporum vinculis, tanquam e carcere, evolaverunt ; vestra vero, quæ dicitur vita, mors est. » On retrouve dans l’ouvrage entier les mêmes inspirations. Or, au chap. 8, le premier Scipion adresse ces propres paroles au fils de Paul-Émile : « Deum te igitur scito esse ; siquidem deus est, qui viget, etc., » et ce mot est expliqué ensuite par animus sempiternus. Mais il se rapporte surtout, comme nous l’avons dit, à l’âme dégagée de l’enveloppe corporelle. On trouve dans Gruter, Spon, Reinésius, une foule d’inscriptions sépulcrales où celui qui n’est plus est appelé deus. La littérature latine nous offre un autre exemple non moins remarquable de cette locution platonique, prise dans la même acception. Cornélie, écrivant à C. Gracchus (Fragm. XII de Cornélius Népos), s’exprime ainsi : « Ubi mortua ero, parentabis mihi, et invocabis deum parentem. » On n’a guère mieux compris cette phrase que celle du Traité de la Vieillesse. Les idées que nous attachons aux mots, d’après ce qu’ils signifient aujourd’hui, ont fait commettre bien des erreurs dans l’explication des anciens. J. V. L.