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LA RÉVOLUTION

Le 31 mai l’insurrection éclata au son du tocsin.

Les Girondins se sentaient perdus de tous les côtés : d’une part la Montagne, de l’autre l’émigration.

Vadier, acharné contre la Gironde, tout en se défendant (mollement), d’être disciple de Marat, « souvent utile par ses présages, quelquefois pur et austère dans ses principes, surtout peu dangereux par ses conseils », déclara qu’« il n’en était pas de même du modérantisme », cette opinion qui tue lentement et dont l’insurrection est l’unique remède ».

Sous le canon d’Hanriot, commandant du bataillon du Jardin des Plantes, les députés, prisonniers dans la salle des séances, balançaient. Aucun d’entre eux n’offrait d’idée précise. Les adversaires de la Gironde s’appuyaient, pour la perdre, non sur un principe ou sur une loi, mais sur le droit du plus fort qui leur était momentanément échu. La Terreur se préparait. Investis d’un pouvoir arbitraire s’il en fut jamais, les condamnants vont suivre de près leurs condamnés dans un vertige sanglant qui, logiquement, conduira la France à l’Empire.


Rue de la Harpe, l’infâme accusation avait grandement fortifié les Roland dans leur projet de retraite et Mme Roland, qui venait de se décider à partir seule avec sa fille pour le Clos, avait déjà demandé des passeports, lorsque, au milieu de la nuit du 31 mai au 1er juin, elle fut arrêtée dans son lit pendant que Roland, aidé par Bosc, fuyait vers les bois de Montmorency.

Ce n’était plus qu’une question de force entre les Girondins et les extrémistes. Ceux-ci, dont tout le programme était de s’emparer de la faveur populaire, auraient pu leur adresser des reproches plus mérités que celui de fédéralisme.

Le licol juridique gênait les mouvements des Girondins au point de les paralyser. Ils avaient l’esprit étroit, presque craintif, — eux si braves — dès qu’il fallait agir. Ils manquèrent d’invention et de perspective, eux dont le devoir le plus urgent était l’inspiration et la grandeur.

Les Girondins avaient fait la guerre mais n’avaient rien tiré de la victoire. À la vérité, ils ne s’étaient pas non plus beaucoup