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MADAME ROLAND

Un avocat à la cour royale d’Amiens, M. Breuil, qui avait connu les demoiselles Cannet, dit que les Mémoires rappellent cet iambe qu’André Chénier traçait le 7 thermidor et laissa inachevé — pour que le bourreau n’attendît pas.


Mme Bouchaud, gardienne à Sainte-Pélagie, était une bonne femme qui souffrait de voir Mme Roland persécutée. Elle s’ingéniait à lui procurer quelques adoucissements. De son chef, pour l’enlever à un abject voisinage, elle la logea dans une chambre du rez-de-chaussée[1] et apporta sous la fenêtre un jasmin qui s’enroula autour des barreaux de la croisée. De leur côté, Bosc et Champagneux entouraient la prisonnière de ces soins exquis qui partent des cœurs aimants. Mais, pour eux aussi, les temps devenaient menaçants. Champagneux, sur une burlesque dénonciation de Collot d’Herbois, est envoyé à la Force, tandis que Bosc, déclaré suspect, est obligé de se cacher à son tour au prieuré de Sainte-Radegonde. Vêtu en paysan, il mène une vie tranquille dans cette retraite sauvage et trouve moyen, sans être soupçonné, de venir à Paris deux ou trois fois par semaine, pour apporter à Mme Roland un bouquet de fleurs des bois. Il risque chaque fois sa liberté et sa vie. Mme Roland le supplie vainement d’interrompre des visites si dangereuses pour lui, rien ne peut le dissuader, jusqu’au jour où, la Commune ayant mis « un espion à demeure dans le guichet », le cher Bosc ne passe plus.

Privée de ses amis, séparée des siens, livrée aux pouvoirs anarchiques, Mme Roland n’est cependant pas seule. Elle trouve sa société et son soutien dans une image qu’elle cache sur son sein, un portrait que son sang réchauffe.

Plusieurs personnes avaient reçu la confidence du nœud secret qui unissait Buzot et Mme Roland[2]. Celle-ci, grâce à d’admirables dévouements, avait pu recevoir des nouvelles et

  1. Un administrateur, qui s’en aperçut, se mit en colère et ordonna à la gardienne de respecter l’égalité en remettant Mme Roland au quartier des filles publiques.
  2. Buzot avait pu s’enfuir avec Barbaroux, Pétion, Guadet, Louvet, etc. Ils étaient réfugiés dans le Calvados.