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MADAME ROLAND

Il quitta à 6 heures du soir ses vieilles amies les chanoinesses et prit la route de Paris. Il marcha quatre lieues. Quand il arriva au Bourg-Baudouin, il entra dans l’avenue du château de Radepont, s’assit sur le talus et se perça de la canne à épée dont Bosc lui avait fait cadeau pour se défendre en cas de besoin.

Qui que tu sois, qui me trouves gisant ici, respecte mes restes ; ce sont ceux d’un homme qui est mort comme il a vécu, vertueux et honnête.

Son cadavre fut enfoui au coin de la propriété et de la grand’route, sous un peu de terre. Des enfants vinrent longtemps s’amuser à enfoncer des baguettes dans le sol pour sentir le corps.

La jeune Eudora, qui avait alors treize ans, ne retrouva pas un seul objet qui eût appartenu à ses parents[1]. Délicieusement jolie et douce, elle grandit, très choyée, parmi les inaltérables affections dont elle avait recueilli l’héritage.

Invinciblement attaché au sang de Mme Roland, presque dès qu’elle fut morte, le bon tuteur Bosc s’éprit de sa pupille. Il avait vingt-deux ans de plus qu’elle. Lorsqu’il vit qu’il ne pourrait l’obtenir, il s’exila aux États-Unis où il apprit avec désespoir qu’elle avait épousé, à quinze ans, le second des fils Champagneux, Pierre-Léon, qui n’en avait que dix-huit.

Quant aux Girondins fugitifs, Buzot, Barbaroux, Pétion, Louvet, Guadet, etc., ils s’étaient embarqués en Bretagne pour Bordeaux où ils avaient trouvé la guillotine en fonction sous Tallien.

Ils parvinrent d’abord à se cacher mais, poursuivis par Marc-Antoine Jullien, redoutable agent du Comité de Salut public de Paris, ils périrent tous, hormis Louvet, qui eut la chance de s’échapper.

  1. Par les soins de Bosc et de Champagneux, elle fut plus tard réintégrée dans la jouissance de ses biens. Elle conserva toujours près d’elle la bonne Fleury si fort troublée par la douleur que le tribunal la crut folle lorsqu’il l’interrogea après la mort de Mme Roland.
    Quant au brave Lecoq, domestique des Roland, il fut guillotiné pour n’avoir pas renié ses maîtres devant le tribunal révolutionnaire.