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Page:Clar - Les Jacques, 1923.djvu/176

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XVII


Ils se sont battus deux semaines, avant d’être écrasés. Ils se sont battus avec les outils de leur labeur, le fléau du batteur de blé, la houe du laboureur, le mancheron de la charrue, des crocs, le marteau du forgeron et des vieilles armes hors d’usage. Ils ont frappé comme sur l’enclume. Ils ont présenté leur poitrine à peine couverte du sayon de laine à la pique des chevaliers couverts d’armure. Ils ont lutté sept mille contre l’armée des seigneurs réveillés de leur torpeur, contre cette noblesse qui retrouvait sa vaillance à tailler dans le vilain. Deux semaines ils ont semé les effrois et seule la tache du sang qu’ils ont répandu demeure au livre de l’Histoire, alors que les meurtres de la Contre-Jacquerie furent si horribles, qu’en moins de dix jours vingt mille cadavres de Jacques jonchèrent le pays plat.

Furieux de leurs craintes, ivres de sang, avides de pillage, les nobles se vengèrent, impitoyables, torturant quiconque tombait sous leur main. Les Jacques avaient tué des femmes et des enfants, leurs maîtres laissèrent des villages entiers où ne resta plus une âme. Meaux, devant qui tomba le dernier espoir des Jacques, se vit brûlée entièrement, ses églises souillées.

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