à lui ; vers lui tous les enthousiasmes. Puis, à un moment donné, tout ce bruit tombe. Un silence respectueux se fait. Un homme s’est levé, à côté du vieillard, un homme qui, lui-même, est une des renommées du pays. Émile Augier a levé, en l’honneur du poète, son verre de cristal et devant tous ces gens qui écoutent, tête nue, il porte d’une voix claire, vibrante et mâle, un toast à celui qu’il nomme respectueusement le Père.
C’est le banquet du centenaire d’Hernani. Victor Hugo, ce soir-là, a vu s’incliner devant lui la France qui pense.
Maintenant, regardez cette foule. Une houle humaine. Des cris, des vivats, des fleurs. Sous un ciel gris de février, tout un peuple défile sous la fenêtre d’un poète. Les cheveux blancs se mêlent aux cheveux blonds dans ce fleuve d’hommes et de femmes qui passent par l’avenue d’Eylau, saluant, acclamant cet ancêtre debout au seuil de ses quatre-vingts ans, entre son petit-fils et sa petite-fille. Ce n’est plus le père de notre littérature moderne, c’est l’aïeul, c’est le grand-père que toute une ville — et quelle ville, Paris ! — que toute une nation, que des représentants de l’étranger viennent