Page:Claude Farrère - Les civilisés, 1905.djvu/260

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sibles pour l’Europe barbare ? — Un avis anonyme, écrit en bon latin classique, parvint au quartier général. On lança deux colonnes en hâte, et dans le village indiqué, le prince fut surpris avec une faible escorte. Le dessous des cartes ne fut jamais connu.

Le village était entouré de rizières, et proche d’un bois touffu, propice aux fuites. Hong-Kop, au premier bruit, tenta de s’échapper. Mais les Français gardaient le bois ; la lune éclairait deux lignes nombreuses et vigilantes. — Par les rizières, les colonnes d’attaque avançaient ; des baïonnettes luisaient en files indiennes sur chacun des sentiers. Toute retraite était coupée. Hong-Kop comprit sa perte, et s’y résigna. À son ordre, les siens rentrèrent dans le village, et la tragédie dynastique eut son cinquième acte, sobre et dédaigneux. L’Empereur s’assit au milieu de sa cour ; — les cañhas voisines brûlaient déjà, incendiées ; — et il but le thé qui délivre, sans déclamations, sans larmes, en souriant. Lui mort, nul ne l’imita, parce qu’il ne sied pas aux hommes de s’égaler aux princes ; mais tous attendirent autour du mort que l’ennemi les massacrât. Ils étaient cinquante-huit hommes et deux enfants. Ils ne firent pas d’inutile résistance, soucieux de ne pas se fatiguer avant de mourir. L’ordre de Paris était en effet de massacrer les pirates, et l’ordre fut exécuté.

On les conduisit hors du village, dans la rizière, parce que le village n’était plus qu’une seule flambée. On ne les lia pas ; ils s’agenouillèrent d’eux-mêmes, correctement, sur deux ligues ; la rizière était inondée,