Page:Claudel - La Messe là-bas, 1919.djvu/16

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Et quand la Création après le jour sans heures se condense une fois de plus du néant,

Fidèle à l’immense quai chaque soir, je vais revisiter l’Océan :

La mer et ce grand campement tout autour avec un million de feux qui s’allument,

L’Amérique avec toutes ses montagnes dans le vent du soir comme des Nymphes couronnées de plumes !

L’Océan qui arrive par cette porte là-bas et qui tape contre la berge haute,

Sous le ciel chargé de pluie de toutes parts ces chandelles de cinquante pieds qui sautent !

Mon esprit n’a pas plus de repos que la mer, c’est la même douleur démente !

La même grande tache de soleil au milieu sans rien ! et cette voix qui raconte et qui se lamente !

Voici la contagion de la nuit qui gagne tout le ciel peu à peu.

Le jour après six jours qui fait sept et pas un qui ne me rapproche de Dieu.

Quand mes pieds connaîtront le repos, quand mon cœur aura fait alliance avec la nuit,

Qu’est qui commencera pour toujours aussitôt que tout sera fini ?

Est-ce que je verrai quelque chose pour moi dans le ciel se dédoubler comme les feux qui marquent l’entrée d’un port,