Page:Claudel - La Messe là-bas, 1919.djvu/21

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Le mal que ce serait d’être seul, le bonheur que Vous soyez là,

Si je n’étais là pour Vous le dire, peut-être que Vous ne le sauriez pas.

Pour m’expliquer ce qui fera tout-à-l’heure cette beauté profane et visible,

Il y a quelqu’un là-bas qui m’attend avec une suavité indicible.

C’est peu de Vous connaître si je ne Vous vois, peu de Vous voir si je ne Vous touche,

C’est peu de m’ouvrir les yeux si je ne Vous ouvre ma bouche.

Comme le poisson dans l’eau vive qui avale et remonte à contre-courant.

Celui qui est attaché à Vous remonte au rebours du temps.

Les choses me quittent peu à peu, et moi, je les quitte à mon tour.

On ne peut entrer que nu dans les conseils de l’Amour.

La cloche sonne. Le prêtre est là. La vie est loin. C’est la messe.

« J’entrerai à l’autel de Dieu, vers le Dieu qui réjouit ma jeunesse. »