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Page:Claudel - Le Pain dur, 1918.djvu/57

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Et quel mépris dans ses yeux quand elle consentait à me voir !

LUMÎR. — On m’a raconté certaines choses.

TURELURE. — Elle était meilleure que moi, ce n’est pas une raison pour me mépriser.

Ces gens qui ne savent que mépriser, à quoi cela sert-il ? Le mépris est le masque des faibles.

Un homme fort ne méprise rien. Il a usage de tout.

LUMÎR. — Eh bien, c’est qu’elle était la plus faible, vous le lui avez bien fait voir.

TURELURE. — Il ne faut pas être le plus faible avec moi. C’est mauvais.

LUMÎR. — Je vais le dire à Sichel.

TURELURE. — Ah, elle voudrait bien être la plus forte, mais elle ne peut pas, dont elle rage !

Dès que je la regarde d’un certain œil, elle se trouble et se dérobe.

LUMÎR. — Moi, je n’ai pas peur de vous !

TURELURE. — Je le sais, c’est délicieux. Il n’y a place que pour un sentiment dans votre petit cœur fervent et dur, dans votre petite âme loyale.