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Page:Claudel - Le Pain dur, 1918.djvu/92

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LOUIS, sombre.Adsum.

(Il se lève).

LUMÎR. — Tu es un lâche et je te crache à la figure !

(Silence).

LOUIS, bas. — Lumîr, assez.

LUMÎR, à mi-voix, entre ses dents. — Lâche ! lâche !

LOUIS. — Assez, petite furie !

LUMÎR, de même. — Rends-moi mes dix mille francs, voleur !

LOUIS. — Tais-toi et laisse-moi réfléchir.

LUMÎR. — Louis ! Caballero ! Écoute-moi, soldat de la Légion Étrangère !

Tous les deux nous avons servi sur la terre d’Afrique, sous un drapeau qui n’est pas le nôtre, pour une cause qui ne nous intéresse pas,

Pour l’honneur du Corps,

Sans amis, sans argent, sans famille, sans maître, sans Dieu,

Estimant que ce n’est pas trop de l’esclavage pour payer cette demi-liberté !

Il reste l’Honneur !