Page:Clausewitz - Théorie de la grande guerre, III.djvu/10

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passe à l’attaque que volontairement, lorsque ce changement de mode favorise son action et que les circonstances s’y prêtent, tandis que, pour l’attaquant, le passage à la défensive est absolument involontaire, contrarie et affaiblit sa marche en avant, et ne se produit fatalement que dans les conditions de résistance les plus défavorables. Or c’est précisément quand l’envahisseur en est ainsi réduit à cette faible application de l’action défensive, que doit se produire, de la part de la défense, la réaction positive qui constitue sa plus grande puissance. Quelle extrême différence ne se présente-t-il pas, en effet, pendant les 10 ou 12 heures de repos qui succèdent à la tache de chaque jour, entre la situation du défenseur placé dans des positions choisies qu’il a préparées d’avance et qu’il connait à fond, et celle de l’attaquant réduit à s’arrêter dans des bivouacs auxquels il ne parvient qu’à tâtons comme un aveugle ! Quelle différence plus grande encore, pendant le temps d’arrêt plus long qu’une organisation nouvelle du service des subsistances, l’attente de renforts ou d’autres motifs peuvent rendre nécessaire, alors que le premier se trouve à proximité de ses places fortes et de ses magasins, tandis que le second est comme l’oiseau sur la branche ! En somme, il se présente inévitablement des circonstances où, pour une cause ou pour une autre, l’envahisseur en est réduit à la défensive, et ces circonstances ne peuvent lui être qu’absolument contraires tant qu’il n’est pas encore parvenu à écraser les armées de son adversaire. Il est certain que cette action défensive de l’envahisseur est indépendante de l’attaque proprement dite, mais il est clair, cependant, qu’elle la ralentit et la diminue, et que les circonstances qui accompagnent la première réagissent sur la seconde et contribuent à en déterminer la valeur définitive totale.