Page:Clausewitz - Théorie de la grande guerre, III.djvu/119

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les éléments étrangers qui s’y introduisent et la modifient en raison des inconséquences, des incertitudes et de la timidité de l’esprit humain et de la pesanteur et du frottement des différentes parties de la machine militaire, et à reconnaître qu’elle naît et reçoit sa forme des idées, des sentiments et des rapports qui existent au moment où elle éclate. L’extrême énergie que l’action militaire a prise sous Bonaparte, au lendemain de la Révolution française, est le meilleur exemple que nous puissions citer à l’appui de cette assertion.

Or, s’il en est ainsi, si la guerre naît et reçoit sa forme des idées, des sentiments et des rapports du moment, elle reste soumise à tant d’éventualités, de probabilités et de chances différentes que, selon le cas, son action peut prendre les degrés d’intensité les plus divers, ou, en d’autres termes, qu’elle est tantôt plus ou tantôt moins la guerre même.

Voilà ce que la théorie doit concéder, mais en conservant toujours la forme absolue de la guerre comme le point général de direction de son enseignement, de façon que, ne perdant jamais cette forme de vue, on la considère comme la source de toutes les espérances et de toutes les craintes et que l’on s’en rapproche partout où la chose est possible ou nécessaire.

De même que c’est la couleur du fond d’un tableau qui détermine la teinte générale de l’œuvre entière, de même quand une pensée capitale s’est emparée de notre esprit et préside à ses décisions, elle communique toujours un certain ton et un certain caractère à nos actes.

En révélant la puissance de destruction que la guerre peut atteindre lorsqu’on lui livre carrière, les derniers événements militaires ont enfin permis à la théorie de proclamer ces vérités et d’en déduire des règles ; jadis on les eût inutilement criées sur les toits,