Page:Clausewitz - Théorie de la grande guerre, III.djvu/140

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cette erreur fut du moins toute à l’avantage des populations. On ne saurait méconnaitre cependant que cette modification contribua beaucoup à faire de la guerre une affaire exclusive du gouvernement et à en désintéresser davantage encore la nation. À cette époque le plan de guerre consistait la plupart du temps pour l’attaquant à s’emparer d’une province, et pour le défenseur à s’y opposer ; le plan de chaque campagne se réduisait d’un coté à la prise et de l’autre à la défense d’une ou de plusieurs places fortes. On ne recherchait et ne livrait une bataille que lorsqu’elle était indispensable à ces différents propos, et le général qui s’y laissait entrainer par le seul désir de vaincre passait, par cela seul, pour imprudent et téméraire. On consacrait d’habitude toute une campagne aux travaux d’un siège, et très rarement on en entreprenait un second. On prenait enfin les quartiers d’hiver qui étaient considérés comme indispensables et, d’un accord tacite, formaient des entr’actes d’une neutralité si absolue que toute l’activité de la campagne s’arrêtait de part et d’autre et que, des deux adversaires, aucun ne songeait désormais A tirer profit de la mauvaise situation de l’autre.

Lorsque les forces étaient trop en équilibre ou que l’envahisseur était décidément plus faible que l’envahi, les choses n’en arrivaient même ni au siège ni à la bataille, et dès lors, pendant toute la campagne, les efforts tendaient à la conservation de quelques magasins, au maintien de certaines positions et à l’épuisement régulier de certaines provinces.

Aussi longtemps que la guerre fut partout conduite de la sorte et que les limites de son énergie furent si prochaines et si visibles, cette manière de procéder parut naturelle, personne n’y trouva à redire et la critique d’art militaire, dont les débuts datent précisément du