Page:Clausewitz - Théorie de la grande guerre, III.djvu/148

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et d’autre un certain centre de gravité, de puissance et de mouvement dont tout le reste dépend. Or, lorsqu’on l’a découvert chez l’adversaire, c’est contre ce centre de gravité qu’il faut désormais et sans interruption diriger le choc général de toutes les forces réunies.

Alexandre, Gustave-Adolphe, Charles XII, Frédéric le Grand avaient leur centre de puissance dans leurs armées. Ces armées une fois dispersées, ces grands hommes eussent mal achevé leurs rôles.

C’est dans les objets suivants qu’il faut, selon les circonstances, chercher à atteindre le centre de puissance d’un État :

1° Dans la capitale en général, lorsque l’État est déchiré par des dissensions intestines.

2° Dans l’armée de secours, lorsque de petits États sont soutenus par un allié puissant.

3° Dans l’unité des intérêts, lorsque plusieurs États se coalisent ensemble.

4° Dans la personne des chefs et dans l’opinion publique, quand il s’agit d’une nation entièrement soulevée et en armes.

Tels sont les objets contre lesquels le choc doit être dirigé. L’adversaire perd-il l’équilibre ? sans lui laisser le temps de le reprendre, il faut redoubler d’efforts en agissant toujours dans le même sens. Il faut, en d’antres termes, concentrer toutes ses forces en un tout unique et, avec ce tout, ne jamais agir contre une partie secondaire de l’ennemi. Ce n’est pas en utilisant sa supériorité à s’emparer facilement d’une province, et en préférant à de plus grands succès la possession moins aléatoire de cette petite conquête, maïs bien en cherchant à atteindre coûte que coûte, sans cesse et partout le cœur même de la puissance de l’adversaire, que l’on arrive enfin à le terrasser et à lui faire demander merci.