Page:Clausewitz - Théorie de la grande guerre, III.djvu/27

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défaite se retirent d’eux-mêmes quand ils voient que les choses vont trop loin.

5° Effrayé et paralysé par la marche en avant de son adversaire, il arrive parfois que l’envahi renonce à la lutte après une première défaite, mais parfois, au contraire, enflammée d’un noble patriotisme, la nation tout entière court aux armes et la résistance devient plus violente. On comprend l’extrême différence des dispositions à prendre par l’invasion selon que l’une ou l’autre de ces conjonctures doit se réaliser. L’esprit national, le caractère des gouvernants, la configuration du pays et les alliances politiques peuvent seuls donner des indices à ce propos. Faute de savoir reconnaître la situation, on voit alors tel général craintif, irrésolu et compassé dans ses méthodes laisser se perdre les plus belles occasions, et tel autre, inconséquent et léger, se jeter tète baissée dans tous les hasards d’une lutte dont il n’a pas soupçonné l’intensité et dont il ne sortira qu’amoindri ou brisé.

Il nous faut encore mentionner ici le relâchement qui se produit parfois chez le vainqueur dès qu’il sent le premier danger éloigné, alors précisément qu’il devrait redoubler d’efforts pour parfaire la victoire.

De tous ces principes contraires nous devons conclure que, dans la guerre offensive, la marche en avant et le développement de la victoire tendent, dans la majorité des cas, à amoindrir la prépondérance que l’attaque possède nu début ou que ses premiers succès lui ont acquise.

Mais s’il en est ainsi, va-t’on naturellement objecter, loin de parfaire sa victoire en persévérant dans l’offensive, le vainqueur ne fait que la compromettre ! Quels mobiles l’y peuvent donc porter ? Ne ferait-il pas mieux de s’arrêter, puisqu’en allant de l’avant il ne peut plus que perdre de sa supériorité ?