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l’atome

aisément compte des quelques millions d’années de ce rayonnement quasi stationnaire dont la biologie fournit la preuve ». « Si les atomes radio-actifs sont aussi abondants au centre qu’à la surface de la terre, observe encore M. Jean Perrin, la terre serait plus de cent fois plus radio-active qu’il ne suffit pour expliquer la conservation du feu central ». Point de contradiction. Mais si le rayonnement solaire venait à nous faire défaut, nous n’en mourrions pas moins de froid sur un brasier d’incendie. Calcul ou même imagination peuvent reculer le terme de l’évolution. Il ne peut pas être évité.

Quant aux théories d’une évolution de la matière, et de la possibilité d’un quatrième état (qui serait peut-être l’éther), je ne puis qu’en faire mention. Rutherford, qui se borne à suivre en cela sir Norman Lockyer dans son « Évolution inorganique » n’a pas craint d’indiquer expressément les évolutions éventuelles de l’atome selon des stages de transformations, dans les successions de la durée.

Nous avons vu le système atomique éclater en une poussière de sous-atomes d’énergie électrique, et déjà l’on nous parle d’autres parcelles toujours en mouvement orbitaire. La réduction indéfinie est plus difficile à saisir pour nous que l’accroissement sans fin. Mais comment l’objectivité cosmique, infinie, se pourrait-elle embarrasser des relativités évolutives de son produit humain ?

« L’émanation » du radium, devenu un nouveau corps sous le nom de « radon », se détruit progressivement, comme le radium lui-même. Sur quoi nos savants nous disent que toute « radio-activité est le signe de la transmutation d’un atome en un ou plusieurs autres atomes » (Jean Perrin). Et encore : « Ces transmutations sont discontinues... Elles doivent se faire, atome par atome, de façon brusque, explosive, et c’est précisément pendant ces explosions que jaillissent les rayons ». La théorie des quanta (Planck), c’est-à-dire d’une activité discontinue, nous conduit à l’idée de véritables grains d’énergie analogues, en des formes indéterminées, à ces grains d’électricité : électrons, ions, protons, constitutifs d’atomes, de molécules, et de tous agrégats de complexité exigeant une discontinuité d’énergie pour répondre à une discontinuité de substance dont les mouvements s’harmonisent par la résonnance des quanta.

Même au prix de quelque effort, le lecteur, désireux de s’en-