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DU CAPITAINE COIGNET.

bien m’adresser la parole, mais je ne leur en tins aucun compte.

Le lendemain, j’arrive à Fontainebleau où des officiers peu ardents au service nous reçurent, et nous mirent dans une caserne en très mauvais état. Notre beau bataillon s’est formé dans la quinzaine ; il était de 1.800 hommes : comme il n’y avait pas de discipline, il se forma de suite une révolution, et la moitié s’en allèrent chez eux. Le chef de bataillon en fit son rapport à Paris, et il fut accordé quinze jours pour rejoindre le bataillon, sans quoi on serait porté déserteur et poursuivi comme tel.

Le général Lefèvre fut envoyé de suite pour nous organiser. On fit former les compagnies et tirer les grenadiers ; je fus du nombre de cette compagnie qui se montait à cent vingt hommes et nous fûmes habillés de suite. Nous reçûmes tout au grand complet, et de suite à l’exercice deux fois par jour !… Les retardataires furent ramenés par les gendarmes, et l’on nous mit à la raison.

Le dimanche c’était le décadi[1] pour tout le bataillon. Il fallait chanter la victoire, et les officiers brandissaient leurs sabres ; l’église en retentissait, et puis on criait : Vive la République ! tous

  1. Le décadi remplaçait le dimanche comme jour consacré au repos ; mais il n’arrivait que tous les dix jour ». Chanter la victoire veut dire ici chanter le chant du départ qui commence par ces mot : « La victoire en chantant…, etc.