Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/77

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prendre la mesure des mains. « Non, me dit-il, laissez-moi finir ce sac ! »

Je m’empare du boisseau et je le manie comme une plume. À mon premier sac, Baptiste dit à M. Potier : « Nous en ferons un homme. » — Je vais rester près de vous, dit mon maître. — C’est inutile, dit Baptiste, nous nous tirerons d’affaire tous les deux. »

Enfin je m’en acquittai de mon mieux, avec cet homme un peu dur. Cela dura toute la journée. Comme j’avais mal aux reins ! Nous n’en avions fait que cinquante bâches, il fallut recommencer le lendemain. Enfin, j’en vins à bout à mon honneur.

Monsieur et madame s’aperçurent d’une petite pointe de jalousie de la part des domestiques à mon sujet, et ils profitèrent du moment de mon absence pour leur conter mes malheurs. Ils leur dirent que je n’étais pas destiné à faire un domestique, que mon père avait beaucoup de bien et qu’il avait perdu ses quatre enfants. « C’est moi, dit M. Potier, qui ai retrouvé celui-ci, les autres sont perdus ; je veux qu’il sache tout faire. — Je lui montrerai à tenir la charrue, lui dit le premier laboureur. — Ah ! c’est bien, je vous reconnais là. — Je le mènerai avec moi quand vous voudrez. — Eh bien ! prenez-le sous votre protection, je vous le confie ; ne le fatiguez pas, car il est plein de courage. — Soyez tranquille, je lui