Page:Collectif - Revue canadienne, Tome 1 Vol 17, 1881.djvu/11

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L’établissement du régime constitutionnel a donné à notre peuple des devoirs inconnus jusqu’alors, devoirs qu’il lui faut remplir avec conscience et connaissance. De là est née la nécessité de modifier l’enseignement populaire. Nous ne sommes plus au temps où il suffisait d’enseigner le respect et la soumission dus à l’autorité. Le rôle du citoyen ne se réduit plus à l’obéissance ou même aux simples représentations. Il a maintenant des droits et par là des devoirs nouveaux dont l’accomplissement, obligatoire en conscience, peut entraîner de graves conséquences. Il faut garder qu’il n’agisse en aveugle. Appelé à participer au gouvernement de l’État, sa main doit savoir donner la bonne impulsion. Il a besoin d’être éclairé, et les avertissements doivent lui venir du haut de toutes les tribunes.

Et ce devoir est devenu encore plus pressant depuis la Confédération. Notre peuple canadien-français tient maintenant dans sa main tout ce qui est essentiel à la sauvegarde de ses destinées. La législature de Québec a le contrôle de toutes les questions vitales ; elle statue sur tout ce qui touche de près aux bases de la société : la religion, la famille et la propriété. C’est son domaine, son champ d’action. Chaque faux pas est gros de conséquences, et peut affecter gravement la stabilité de la société. Et il n’y a plus, sur ce théâtre, cette vive rivalité de races et de foi, qui, sur toute question religieuse ou nationale, contribuait si puissamment à grouper du côté des bons principes la majorité de nos représentants. Cet aiguillon manque au bien et cet obstacle à l’erreur. L’ennemi venant du dehors était moins à craindre que celui qui naît au sein de notre nationalité. Au premier on attribuait facilement de pervers desseins ; au second le cœur est porté toujours à donner le bénéfice de bonnes intentions. Il faut donc plus que jamais une étude approfondie de toutes les questions graves de notre politique ; et cette étude est un devoir autant pour la partie dirigeante de la population laïque que pour le clergé. C’est de ces deux classes que doivent partir le concours et l’encouragement nécessaires aux hommes sérieux qui traiteront, au point de vue des principes catholiques, chaque question importante qui se présentera.