Page:Collectif - Revue canadienne, Tome 1 Vol 17, 1881.djvu/24

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promoteurs ; mais, nous le répétons, ces quelques acquets canadiens du libéralisme belge ou français parlent souvent ici dans le désert et n’ont encore pu réussir qu’auprès d’un fort petit nombre. La grande masse des libéraux de cette province refusent de s’intéresser à l’exposé de leurs grands principes, et une certaine prudence pratique les éloigne de l’école et des discussions de nos libéraux doctrinaires.

Il serait cependant difficile de dire combien ceux-ci tiennent encore à leur apprendre à tous comment les immortels principes de 1789, les trois grandes libertés modernes — la liberté de penser, la liberté de la parole et la liberté de la presse, forment les conditions nécessaires de toute vraie civilisation, du progrès et du bonheur des peuples. Ils auraient aussi à leur dire combien il est essentiel que l’Église soit séparée l’État et l’État séparé de l’Église ; que la nature même des choses, autant que la paix des parties, exige cette séparation, cette indépendance absolue de deux pouvoirs si différents. De là la maxime suprême de « l’Église libre dans l’État libre. »

Tel est, en résumé, le programme du libéralisme véritable. Telle est toute la thèse libérale. Elle est, bien entendu, très loin de paraître absurde aux yeux des catholiques libéraux, même dans ce religieux pays ; mais autre chose est, à leur sens, de ne la point trouver si mauvaise : et autre chose de s’en constituer ouvertement les docteurs. Quelle que soit donc, dans la pratique, la valeur de ces principes, nos libéraux catholiques admettent que, de son côté, l’Église prétend en professer d’autres, non moins certains, non moins pressants et qui renversent tout le système que nous venons d’exposer. De là, pour eux, un vrai malaise. Ils sont libéraux, ils le disent ; et ils sont catholiques, ils y tiennent ! Divisés ainsi contre eux-mêmes et poussés à bout d’arguments, « qui donc, disent-ils, nous délivrera de ces éternelles questions-de principes ? Qui mettra fin aux tristes luttes que les doctrines contraires soulèvent dans cette paisible Province ? Qui fera cesser dans la presse toutes ces discussions scandaleuses ? Au nom du respect et de l’amour que vous vous devez entre frères, au nom de la paix des esprits et du bonheur de votre commune patrie, ultramontains, ou libéraux,